C’était où ?

Lorsque qu’on numérise de vielles photos, il y a immanquablement trois questions qui surgissent:

  • C’était où ?
  • C’était quand ?
  • C’était qui ?

En effet, nos parents n’étaient pas portés à écrire de longues légendes à l’endos des photos papier et encore moins sur des diapositives ou des négatifs. Ils avaient peu de raisons de s’en soucier, après tout, ces photos étaient avant tout pour leur usage personnel et eux, bien sûr, se rappelaient très bien qui, où et quand ces photos ont été prises. Mais vous, vous aimeriez bien savoir où ils sont allés lors de ce voyage au Portugal, vous savez ce voyage pour lequel ils vous avaient gentiment laissé chez «Mamy». Ils vous ont laissé les photos mais pas les légendes qui vont avec 🙁

Seulement voilà, une fois nos parents disparus, ces photos deviennent des énigmes frustrantes. Bien sûr, on peut toujours essayer d’aller voir une grand-tante survivante avec notre paquet de photos, seulement voilà, elle habite à 5000 km et, en plus, sa mémoire est de plus en plus incertaine.

Alors, que faire, docteur ?

Tout espoir n’est pas perdu et je vais vous montrer comment j’arrive la plupart du temps à trouver les informations manquantes au sujet d’une cliché pris il y a 60, 70 ou 80 ans. Je vais commencer par vous donner une méthode qui vous permettra de retrouver le «où» avec de bonne chance de succès. Il s’agit véritablement d’une enquête qui s’apparente à une enquête policière utilisant les outils dernier cri et j’avoue qu’il est très gratifiant de «résoudre» l’énigme. En fait, en matière de «jeu-vidéo» pour le troisième âge, ça bat à peu près n’importe quel jeu. Agatha Christie peut aller se rhabiller…

Alors, par quoi commencer ?

Les outils peut-être ? Et bien il vous faut un ordinateur, un PC, un Mac, ou même un Linux, avec un bon écran (oui, 1920×1080 est un minimum), bonne résolution et une connexion Internet haute vitesse sinon vous allez souffrir. Une 10Mb/s est sans doute un minimum. Il vous faut un fureteur (browser) compétent. J’utilise Chrome avec le moteur de recherche «google» car vous allez avoir besoin de faire un paquet de recherche sur des images et sur des descriptions d’image. Aussi ça vous prend un logiciel pour visualiser rapidement une série d’images. Photoshop est trop lent pour cela. J’utilise Irfanview pour afficher et agrandir rapidement un détail d’image. Or ce sont ces détails qui vont vous faire crier «euréka!» lorsque vous aller enfin trouvez une PREUVE imparable de la localisation d’une photo. Si vous avez deux écrans cela va vous simplifier la vie. Vous utiliserez aussi deux fonctions de Google: google-images et google maps avec streetview.

Ensuite les photos elles-mêmes. Il faut impérativement qu’elles soient numérisées et, pour mettre toutes les chances de votre coté, TOUTES les photos disponibles, même celles qui semblent redondantes ou plus ou moins floues, plus ou moins délavées où cadrées à la va-comme-je-te-pousse. Pourquoi, parce qu’elles contiennent potentiellement des indices qui vous permettront de localiser, voir de dater, correctement les photos qui vous intéressent vraiment. Elles sont une source d’information souvient cruciale sans laquelle vous rentrerez bredouille de vos recherches.

Lorsque vous allez numériser vos photos, vous allez demander à celui qui fait ce travail une attention particulière au regroupement et à la numérotation des photos. Les photos ne sont pas prises au hasard: elles sont prises très souvent en petites séries de quelques photos toutes prises dans le même contexte, c’est-à-dire que plusieurs photos «parlent» d’un même événement. Donc si je parviens à dater et localiser UNE photo du groupe, c’est tout le groupe qui bénéficie automatiquement de la bonne date et du bon lieu! Il faut que cet «ordre» implicite ou explicite (cas des diapos et négatifs couleur déjà numérotés) se retrouve dans les noms de fichier de chaque photo numérisée. L’idée est d’avoir un numéro de lot en plus du numéro de photo assigné au moment de la numérisation. Ainsi, par exemple, dans un jeu de diapositives de 36 photos, les diapos 15 à 23 recevront un numéro de lot, par exemple IMGxx-Portugal-Lot7 pour indiquer leur «parenté» puisqu’elles concernent apparemment un même événement. Les noms de fichiers définitifs viendront plus tard, lorsque le «qui», le «où» et le «quand» auront été résolus à votre satisfaction.

Une fois numérisées vous allez vous trouvez devant des photos dont certaines sont des lieux faciles à identifier: si la Tour Eiffel est en arrière plan, je n’ai pas besoin de vous dire où la photo a été prise. Mais pour nombre d’entre-elles, le lieu du cliché va vous apparaître mystérieux.

C’est là que votre instinct de fin limier va vous aider et que le jeu commence vraiment. Dans chaque «lot» concernant un événement, vous allez rechercher une «clef», c’est comme cela que j’appelle LE détail qui a de bonne chance d’avoir traversé le temps en restant semblable à lui même jusqu’à récemment ET qui se trouve placé à un endroit probablement photographié par bien d’autres personnes, touristes ou photographes professionnels. Bien sûr, cette clef sera la «clef» de l’énigme.

Pour illustrer mon propos, je vais vous décrire des exemples réels. J’avais à trouver le lieu de trois photos, des diapositives de 1955. Au départ, deux informations:

  • il s’agit de vacances en Bretagne
  • présumée en Côte-d’Armor (nord de la Bretagne, région de St-Brieuc)

Première photo: une fanfare bretonne. Il y a 8 photos dans ce groupe, prises presque au même endroit. Seule la première du lot montre un détail potentiellement significatif, à peine visible, il s’agit du panneau «Hotel de l’Espérance». Une recherche Google sur «Hôtel de l’Espérance – Bretagne» montre bien plusieurs hôtels de ce nom avec le plus probable à St-Cast. Mais il reste un doute car il y a deux autres hôtels du même nom en Bretagne, à Quimper et à Laforet-Fouesnant.

J’obtiens la confirmation qu’il s’agit bien de St-Cast en utilisant Google Maps puis Streetview. Je me promène alors virtuellement dans les rues de St-Cast, à proximité immédiate de l’adresse de l’Hotel de l’Espérance, 6 rue Jacques Cartier (hé oui…). Et je tombe alors sur cet immeuble, modifié mais encore bien reconnaissable en 2013, date du cliché Streetview. Il est la preuve que les huit photos du groupe ont bien été prises à St-Cast. Première victoire 🙂

Le second groupe est constitué de photos prises en bordure de mer. Dans ce groupe la première photo énigmatique est celle d’une formation rocheuse inhabituelle. Je présume (correctement comme on va voir) que la photo a été prise à partir d’un endroit fréquenté par les touristes et qu’il doit y avoir sur Internet des images de cette formation.

J’ai utilisé l’outil Google-Images pour rechercher une images semblable au travers du web mais en me restreignant à la Bretagne. J’ai obtenu la réponse immédiatement: il s’agit du Cap Fréhel et 10 photos semblables me sont proposées.

Cela confirme la puissance de Google-Images. mais pour la troisième photo j’ai dû utiliser à la fois le principe de la «clef» et Google-search pour finalement trouver le site.

Le troisième lot consiste en une série de photos de menhirs. Les menhirs sont extrêmement nombreux partout en Bretagne. Évidemment j’ai voulu chercher avec Google-Images des champs de menhirs dans la région de St-Cast et Cap Fréhel. Or rien ne ressemble plus à un champ de menhirs qu’un autre champ de menhirs. Après trop de recherches infructueuses, j’ai décidé de chercher un indice sur mes photos qui ne serait PAS un menhir. Sur une des quatre photos avec menhirs, il y avait au loin une maison. J’ai présumé qu’elle devait être encore là récemment.

Une recherche «menhir» sur toute la Bretagne dans Google- search a produit des centaines de photos de champs de menhirs mais a montré cette même maison sur une seule photo! C’était à Carnac et donc pas du tout dans le nord de la Bretagne. J’imagine que tous les photographes sauf deux ont voulu faire «disparaître» cette maison, une peu trop moderne, de leur cliché. La morale de cette histoire: n’hésitez pas à répéter les recherches avec différents paramètres et à passer au travers de centaines de photos: la perle rare s’y trouve peut-être!

Carnac, Morbihan, Brittany (France): alignment of menhir and dolmen

De découvertes en découvertes, j’ai fini par comprendre que mes parents n’avais pas été seulement dans le nord de la Bretagne mais aussi dans la région de Quiberon, au sud de la Bretagne. Et ça ce n’est pas un «on-dit» c’est maintenant une certitude.

MV

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