Pourquoi «Immortels.ca» ?

On me demande parfois «Pourquoi ce nom « immortels.ca » » ? N’est-ce pas une ambition démesurée de vouloir laisser des traces « immortelles » ?
À cela, je réponds qu’il faut prendre le terme dans un sens très proche de celui que l’on donne déjà aux écrivains dont les œuvres remarquables ont traversé les siècles. Les membres de l’Académie française ont justement ce privilège: on les appelle couramment «les immortels». Ce que je dis, c’est que cette capacité de traverser les siècles n’est plus désormais l’apanage des seuls grands penseurs au travers de leurs livres. Dans la mesure où l’humanité maintiendra ses connaissances scientifiques et technologiques, il est à peu près assuré que le stockage d’information sera au moins aussi bon (et fort probablement infiniment supérieur !) que celui dont nous disposons aujourd’hui. Or les technologies de conservation de l’information dont nous disposons aujourd’hui sont déjà suffisantes pour assurer sans grand problème un siècle de survie à nos souvenirs. Immortels.ca fournit déjà des supports (des DVD de composition différente et enregistrés par un graveur spécial) qui sont faits pour durer au moins trente ans. Immortels.ca fait aussi de la recherche à long terme sur la fiabilité des copies de disque dur à disque dur, le moyen actuel de faire durer l’information. Aussi, il semble bien que les nouvelles mémoires de masse, à semi-conducteur, qui commencent à remplacer les disques magnétiques actuels, ont d’ores et déjà des durabilités très supérieures aux disques magnétiques.
Il s’ensuit que notre promesse d’immortalité «virtuelle» n’est nullement une boutade. Désormais, elle dépend moins de la technologie elle-même que du désir et de la volonté de nos descendants de conserver ce patrimoine de l’humanité que constituera la myriade d’histoires personnelles que les prévoyants auront bien voulu laisser aux générations futures.

Personnellement, j’ai toujours voulu combattre la fugacité du temps par tous les moyens disponibles. Même jeune, j’ai toujours eu un enregistreur audio, un appareil photo, pour ravir au temps trop pressé l’instant qui passe et je ne le regrette pas. On peut toujours ridiculiser ceux qui ne vivent pas à 100% au présent mais on peut rétorquer aussi facilement que la perception de notre passé et notre avenir fait réellement partie de notre présent, mais d’un présent qui s’en trouve incomparablement plus riche.

Mon premier enregistreur portable (à cassette) a été un TC-50 de Sony – photo ci-dessous. C’est à lui que je dois de pouvoir entendre aujourd’hui les voix de mes parents, de mon épouse et de mes jeunes enfants dans les années 70.
Je l’avais avec moi lorsque j’ai été envoyé à Inuvik, dans l’Arctique canadien, pour y faire des tests d’avionique. J’en ai profité pour enregistrer les chants et tambours Inuits lors des second jeux de l’Arctique qui, coup de chance inespéré, avaient lieu à ce même moment (juillet 1971). Ce même modèle d’enregistreur, le TC-50 avait déjà ses lettres de noblesse: deux ans plus tôt, il avait été de l’expédition lunaire Apollo 10 (la dernière mission de «reconnaissance» avant l’alunissage d’Apollo 11) en mai 1969 !
Michel Virard, août 2015

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